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Seigneur Dieu, pasteur et guide de tous les  fidèles, regardez avec bienveillance votre serviteur François, que Vous avez placé comme pasteur à la tête de votre Église.

Accordez-lui d’aider, par ses paroles et ses exemples, ceux dont il est le chef, et de parvenir, avec le troupeau qui lui est confié, à la vie éternelle.

Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec Vous en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa Sainteté le Pape François, 265em successeur de Saint Pierre et 266em Pape.

Sa Sainteté le Pape François a choisi de garder le blason qu’il avait en tant qu’archevêque de Buenos-Aires, seules les deux figures en partie basse sont désormais d’or. Sur un fond d’azur (bleu), se détache le symbole de la Compagnie de Jésus (les jésuites) : un soleil d’or orné du monogramme trilitère IHS* surmonté d’une croix et complété des clous de la Passion du Christ. En dessous une étoile symbolise la Très Sainte Vierge Marie et une fleur de nard non éclose Saint Joseph, son très chaste époux, patron de l’Église universelle (Saint Joseph est fréquemment représenté avec cette fleur en Espagne, elle est souvent à tort confondue avec une grappe de raisin).

La devise de Sa Sainteté le Pape François est : Miserando atque eligendo, littéralement En faisant miséricorde et en choisissant, mais que l’on peut plus justement traduire par En faisant miséricorde et en choisissant de le faire (abbé de Tanoüarn). Ainsi il ne s’agit pas d’avoir seulement pitié, sentiment de faiblesse d’un cœur qui s’épanche, mais dechoisir, de manière ferme et décidé, de faire la miséricorde.

Blason repris du site internet officiel du Saint-Siège.

Les premiers jours du Pontificat de Sa Sainteté le Pape François.

 

 

* Le monogramme IHS est une contraction de la traduction du nom de Jésus en grec : Ιησους. Cette manière d'écrire Jésus est un des plus anciens symboles de la chrétienté. Il fut à nouveau utilisé au XV° siècle par les Franciscains. En latin ses trois lettres sont aussi les initiales de Iesus Hominum Salvator : Jésus sauveur des hommes.

 

LES TITRES DES PAPES

Les Papes portent neuf titres pontificaux montrant l'étendue de leur fonctions :

Évêque de Rome ou en latin Urbis Episcopus

Vicaire du Christ ou Vicarius Christi

Successeur du Prince des Apôtres (Saint Pierre) ou Successor principis apostolorum

Chef suprême de l'Église ou Caput universalis ecclesiae

Souverain Pontife ou Pontifex Maximus (voir plus bas)

Primat d'Italie ou Primatus Italiae

Archevêque métropolite de la Province romaine ou Archiepiscopus ac metropolitanus provinciae ecclesiasticae Romanae

Souverain de l'État de la Cité du Vatican ou Princeps sui iuris civitatis Vaticanae.

Serviteur des serviteurs de Dieu ou Servus servorum Dei

Le titre de Patriarche d'Occident a été abandonné par Sa Sainteté Benoît XVI en 2006.

 

Parmi ces titres, celui de Souverain Pontife est souvent mal compris. Cette titulature vient de la Rome païenne et désignait au départ le chef du Collège des pontifes, chargés de l'entretien du Ponte Sublicus, premier pont établit sur le Tibre au VIIem siècle avant J.-C. Comme ce fleuve était sacré, le titre de pontifex avait aussi une valeur religieuse, et la résistance du pont en cas de crue était considéré comme un présage de bonne ou de mauvaise fortune. Les pontifes jouaient aussi le role de jurisconsultes, interprétant les lois avec l'aide de prédictions données par les augures. Le Pontifex Maximus, grade le plus élevé de la religion de Rome, était le gardien des bonnes pratiques religieuses. Octave (63 av. J.-C., 14 ap. J.-C.), qui exerçait cette fonction depuis 12 av. J.-C., l'associa définitivement au pouvoir suprême lorsqu'il devint le premier Empereur sous le nom d'Auguste. Seul titre à rester indivisible, il fut porté par ses successeurs jusqu'en 382, où Gratien (Empereur de 367 à 383), l'abandonna au profit du Pape Saint Damase Ier (Pape de 366 à 384). Ce fut le Pape Théodore Ier (Pape de 642 à 649) qui, le premier, le fit officiellement figurer dans sa titulature. Ce titre soulignait ainsi le rôle du Pape comme chef des pontifes, autre nom des évêques. Ainsi la fonction païenne n'a pas été supprimée mais transformée, convertie, comme les hommes sont appelés à l'être au fond de leur coeur. Le nom de pontife renvoie aussi à certaines traductions latines du titre des Prêtres de l'Ancien Testament, et notamment du Grand Prêtre du Temple de Jérusalem.

Ainsi si les Pontifes de la Rome antique et le premier d'entre eux, le Souverain Pontife, étaient chargés de l'entretien du pont sur le Tibre, les évêques et le Pape sont chargés de maintenir et de fortifier le pont entre Dieu et les hommes.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En écho à la dévotion de Sa Sainteté le Pape François, vous pourrez trouver différentes prières composées par Saint François d'Assise dans la section prière de ce site, directement en cliquant içi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MERCI

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Lors de différentes cérémonies

PORTFOLIO DU PONTIFICAT DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

Au centre, la tiare offerte à Sa Sainteté le Pape Benoît XVI par des fidèles orthodoxes.

Les derniers jours du Pontificat

 

 

 

 

 

 

 

     

 

       

 

 

 

 

 

 

La rencontre de Benoît XVI et Sa Sainteté le Pape François

 

                                                                                      

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conférence sur le Pape François

prononcée le 19 mars 2014 par FrançoisSCHWERER, Pénitent blanc de Montpellier

A/. La personne du Pape

1/ L’homme

On ne peut pas parler du pape François sans commencer par dire qu’il est d’abord un homme de prière. C’est un homme qui passe plusieurs heures par jour en oraison et dont la piété mariale est extrêmement importante ; elle structure sa personnalité. Depuis son élection au siège de Pierre le pape s’est rendu quatre fois en pèlerinage à Sainte Marie Majeure, prier aux pieds de l’icone de la Vierge que l’on dit peinte par Saint Luc. Son secrétaire particulier, Mgr Xuereb nous dit que le pape François « ne perd pas une seule minute. Il travaille inlassablement. Quand il sent le besoin de prendre un moment de pause, il ne ferme pas les yeux : il s’assied et prie le chapelet. Je pense qu’il prie au moins trois chapelets par jour. Il me dit : cela m’aide à me détendre. Puis il reprend le travail »[1]. Jorge Mario Bergoglio est né à Buenos-Aires le 17 décembre 1936. Aîné de cinq enfants, il est fils d’un couple d’émigrés italiens. Cette caractéristique est importante à deux titres : d’une part, il a ainsi bénéficié d’une double culture[2], italienne obtenue en famille et argentine à l’école ainsi que dans la rue ; d’autre part, il sait ce que c’est que de vivre dans un pays où on est accueilli mais dont on n’est pas originaire. Il sait ce que signifie s’intégrer ; il sait ce que signifie accueillir l’étranger. Il en a retenu aussi qu’aucune culture d’un pays particulier n’est capable d’absorber toute la richesse de l’homme. Tout le monde connaît désormais sa simplicité, ce que l’on appelle son ascétisme mais qui est en fait plus un mysticisme au sens ignatien du terme, et sa jovialité. Ces traits caractéristiques sont suffisamment visibles pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister. Monseigneur Dagens qui l’avait rencontré en 2007 le jugeait aussi timide, plus à l’aise en petit comité que devant une foule. Quand on l’interroge « il préfère prendre son temps avant de répondre, les réponses justes lui venant dans un deuxième temps »[3]. C’est aussi un homme qui n’hésite pas à manier l’humour ; ainsi le lendemain même de son élection au siège de Pierre, il confiait « certains cardinaux m’avaient conseillé de m’appeler Clément XV pour me venger de Clément XIV qui a supprimé la Compagnie de Jésus. Non, je rigole ». Pour goûter pleinement la saveur de la plaisanterie, il faut savoir que Clément XIV était un franciscain ! Nicolas Diat insiste sur deux autres aspects importants de sa personnalité : « Il écoute beaucoup, il consulte à profusion, mais il décide seul et il entend que sa décision soit rigoureusement appliquée »[4] ; « Il ne travaille pas dans le doute car il sait qu’il agit pour Dieu seul »[5].  Pour terminer ce rapide portrait, il faut ajouter qu’il possède une mémoire exceptionnelle. Réaliste, ses sermons et homélies dépassent rarement les sept à huit minutes car « au-delà, dit-il, les gens n’écoutent plus ». Frédéric Lenoir, pour sa part, se dit frappé par « l’attention et l’authenticité du regard qu’il porte à chacun de ses interlocuteurs. Il s’intéresse vraiment aux gens, quels qu’ils soient, et tente, autant qu’il peut, d’entretenir une relation personnelle avec la plupart de ceux qui ont un jour croisé son chemin »[6].

2/. Le Sud-Américain

Le Pape François, premier pape jésuite et premier pape sud-américain ne peut pas être compris si l’on oublie qu’il a vécu dans un pays où l’économie était autrefois riche et qui s’est trouvé ruiné à  la suite d’une spéculation financière internationale de grande envergure et à cause d’une prétendue élite qui, par égoïsme, a complètement négligé une partie importante de la population, la plus pauvre. Jorge Mario Bergoglio a connu successivement deux types de dictature : une dictature politique lorsque les militaires dominaient le gouvernement. Puis une véritable dictature de la pensée imposée par les partis encore au pouvoir[7] aujourd’hui. Confronté à « la théologie de la libération » alors qu’il était supérieur des jésuites en Argentine, il n’a pas hésité à s’opposer fermement à celui qu’on appelle le « Pape noir », à l’époque le père Pedro Arrupe, qu’il trouvait trop indulgent pour veiller à ce que cette théologie ne dégénère pas en idéologie. A la fin de son premier mandat il ne fut pas renouvelé. Pour lui, cette « théologie de la libération » devait plutôt être comprise comme une « théologie de la pastorale populaire ». Un autre aspect de sa culture sud-américaine, qui pourrait un peu bousculer les chrétiens de la vieille Europe, est une parole franche et directe parfois un peu abrupte, qui ne cherche pas à cacher son message derrière la bienséance de la diplomatie. On en a eu un avant-goût avec la façon dont il a accueilli les cardinaux lors du Consistoire des 20-22 février 2014[8], et plus encore dans son discours aux membres de la Congrégation pour les Evêques, le 27 février : « Le peuple de Dieu a besoin et attend un pasteur, quelqu’un au grand cœur. Il veut un homme de Dieu, pas un gestionnaire ni un administrateur de société, quelqu’un de capable de s’élever à la hauteur de la vue de Dieu pour nous conduire à lui… Nous ne devons jamais perdre de vue les besoins des Eglises locales, auxquelles nous devons répondre. Or il n’existe pas d’évêque standard… Pour nous l’enjeu est d’entrer dans la perspective du Christ en tenant compte de la réalité des Eglises particulières… Fondamentalement, l’évêque est celui qui peut actualiser tout ce que Jésus a vécu et, surtout, celui qui sait avec l’Eglise témoigner de sa résurrection… L’épiscopat n’est pas pour soi-même mais pour l’Eglise… pour les autres ». On en a  en permanence des exemples quand il aborde les questions sociales. Mais, comme le note Jean-Yves Naudet, « le Christ lui-même n’avait pas un langage de salon ni même de diplomate en chassant les marchands du Temple ou en expliquant qu’il serait plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille ou encore que les prostituées nous précèderaient dans le Royaume de Dieu. Si le langage de François séduit, c’est qu’il a la nouveauté de l’Evangile »[9].

3/. Le Jésuite

Le pape François nous dit lui-même : « J’ai rejoint la Compagnie de Jésus parce que j’étais attiré par son caractère de bras armé de l’Eglise, pour parler le langage militaire, fondé sur l’obéissance et la discipline, et parce qu’elle avait une vocation missionnaire ». « Trois choses m’ont frappé dans la Compagnie : le caractère missionnaire, la communauté et la discipline. C’est curieux parce que je suis vraiment indiscipliné de naissance. Mais leur discipline, la manière d’ordonner le temps, m’ont tellement frappé ! »[10] Entant que jésuite, le pape François insiste beaucoup sur un des aspects importants de la spiritualité ignatienne : le discernement[11], cette « arme pour mieux connaître le Seigneur et le suivre de plus près ». « Le discernement est ce processus spirituel qui permet de distinguer les élans spirituels qui nous mènent à Dieu de ceux qui nous éloignent de lui »[12], « c’est une attitude intérieure qui pousse à être ouverts pour trouver Dieu là où Il veut être trouvé, et non seulement dans des périmètres bien définis »[13]. Grâce au discernement, on apprend « à faire les petites choses de tous les jours avec un cœur grand ouvert à Dieu et aux autres. (…) La sagesse du discernement compense la nécessaire ambiguïté de la vie et fait trouver les moyens les plus opportuns, qui ne s’identifient pas toujours avec ce qui semble grand ou fort »[14]. Lorsqu’il prêchait des Exercices spirituels[15] selon la méthode de Saint Ignace, il s’étendait sur la première méditation relative aux « deux étendards » : « L’un est le Christ, notre excellent chef, l’autre Lucifer, l’ennemi le plus dangereux des hommes ». Il n’y a pas de troisième voie ; entre les deux il faut choisir. Et de même qu’il prêche le Christ ressuscité, à temps et à contre-temps, de même il n’hésite pas à désigner crûment l’adversaire. Car, pour lui, la vie est un combat. « N’oublions pas que la vie du chrétien est une lutte permanente a-t-il déclaré aux évêques espagnols à qui il prêchait une retraite en 2006, et une lutte contre le pouvoir séduisant des idoles, contre Satan et ses entreprises visant à conduire l’homme à l’incrédulité, à la désespérance, au suicide moral et physique. N’oublions pas que la vie chrétienne ne se jauge pas seulement à la longueur du trajet parcouru, mais aussi à l’ampleur de la lutte, aux difficultés rencontrées, aux obstacles surmontés et à la férocité des attaques qu’elle a essuyées ». Dans ce combat, le « chrétien doit savoir ce qu’il peut accepter et ce qu’il doit condamner. On ne peut pas « dialoguer »[16] avec l’ennemi de notre salut ; il faut lui faire face, en le combattant jusque dans ses intentions ». Ce jésuite qui a donc longtemps prêché les Exercices spirituels insiste sur la question centrale posée par Saint Ignace : « Le Christ est-il le centre de ma vie ? Est-ce que je mets vraiment le Christ au centre de ma vie ? Parce qu’il y a toujours la tentation de penser que c’est nous qui sommes au centre ». Et pour compléter son enseignement sur cette façon de conduire sa vie, il rappelle que si « Dieu est simple, pour rester proche de son créateur, l’homme doit rester simple »[17]. Pour ce jésuite, tout doit donc être fait pour la plus grande gloire de Dieu, selon la devise de Saint Ignace. Et, on peut lui appliquer aussi les mots déjà utilisés pour Saint Ignace : « C’est le propre du divin de concilier les extrêmes : l’infini du rêve et la minutie du détail ».

4/. Le Pasteur et le chef

 

Provincial desjésuites d’Argentine pour six ans à 36 ans, curé de paroisse et recteur d’une faculté de philosophie et théologie pendant douze ans, puis archevêque de Buenos-Aires, le pape François n’est pas simplement un pasteur attentif et un missionnaire enthousiaste, il est aussi un chef qui sait ce que le mot responsabilité veut dire. Le monde attendait de sa part une réforme de la Curie et certains le voyaient déjà abandonner certains pouvoirs. Or, l’une de ses premières mesures a été de créer un secrétariat à l’Economie, que les médias ont appelé un « ministère des finances », et qui ne répond plus à la Secrétairerie d’Etat mais à lui-même directement. S’il a choisi de s’appeler François c’est, a-t-il confié lors de sa première audience avec les représentants des médias, le 16 mars 2013, parce que François est « l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, l’homme qui aime et préserve la création ». Cette confidence nous montre que ses qualités de chef et son sens des responsabilités ne doivent pas occulter la conscience qu’il a de ses propres limites. Ainsi, sa devise est extraite d’un sermon de Bède le Vénérable consacré à la miséricorde divine et commentant le passage de l’évangile qui retrace la vocation de saint Matthieu[18] : « Jésus vit un publicain et comme il le regarda avec un sentiment d’amour et le choisit, il lui dit : Suis-moi ». Il explique lui-même : « Ma devise Miserando atque eligendo, je l’ai toujours ressentie pour moi comme profondément vraie. Le gérondif latin miserando me semble intraduisible tant en italien qu’en espagnol. Il me plaît de le traduire avec un autre gérondif qui n’existe pas : misericordiando, en faisant miséricorde »[19]. Le blason du pape comprend trois éléments importants : le soleil du Christ frappé des trois lettres IHS. Ces lettres sont le début du nom de Jésus en grec. Ainsi le « H » central n’est en fait pas un « H », mais un « etha », une des deux lettres grecques pour écrire « e », soit « IES » pour Jésus. Selon une des autres interprétations qui sont apparues ensuite dans l’histoire, ce sont les initiales de « Iesus Hominem Salvator », « Jésus sauveur des hommes ». Cela rappelle son appartenance à la compagnie de Jésus. Les trois lettres « IHS » sont surmontées d’une croix et soulignées par trois clous noirs en souvenir de la Passion. Ces trois clous peuvent aussi rappeler les trois vœux des religieux : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Sous le soleil nous retrouvons l’étoile qui symbolise la Vierge Marie et la fleur de nard qui, dans la tradition héraldique hispanique, représente saint Joseph. On aurait tort d’opposer saint François à saint Ignace car, comme l’explique le cardinal Barbarin dans sa préface à l’édition française de l’ouvrage du pape, « Amour, Service & Humilité », « le feu qui les brûle les rapproche étrangement. (…) Quand saint François se débarrasse de ses vêtements sur une place publique, à Assise, et décide de tout quitter pour épouser « Dame Pauvreté », on n’est pas loin de la conclusion (qu’Ignace appelle « colloque ») de la méditation des deux Etendards »[20].

B/. L’enseignement du Pape

Les médias ont très largement insisté sur le fait que le pape François avait reçu lors de son élection un véritable « mandat », celui de réformer l’Eglise. Il s’y est attelé sans attendre et a, une fois de plus, surpris plus d’un observateur. Il a fallu un an pour bien comprendre que la grande réforme pour laquelle il œuvre sans ménager sa peine « vise à ce que l’Eglise, partout et à tous les niveaux, vive une plus grande fidélité au message qui lui a été confié et qu’elle a la charge de transmettre. (…) La grande réforme lancée par le pape François est d’aider l’Eglise à se décentrer, à moins se préoccuper d’elle-même que de ceux et celles vers qui elle est envoyée »[21] Mais, comme le pape a pour mission d’affermir ses frères dans la foi[22], l’un des premiers gestes du pape François a été de reprendre à son compte l’encyclique préparée par le pape Benoît XVI, « l’encyclique à quatre mains », comme il l’a lui-même qualifiée : « Lumen fidei ». Mais, pape, il n’a pas oublié qu’il a une vocation de jésuite, c’est-à-dire de « soldat de Jésus ». Or, tout soldat obéit toujours à son chef et se place toujours sous son étendard, surtout au moment où le combat fait rage. C’est la raison pour laquelle, le 5 juillet 2013, il a inauguré en présence du pape émérite la statue de Saint Michel terrassant le dragon et consacré le Vatican au Prince de la Milice céleste. Dans son discours il a expliqué le sens de cette consécration : « Michel – qui signifie « Qui est comme Dieu ? » – est le champion de la primauté de Dieu, de Sa transcendance et Sa puissance. Michel combat pour rétablir la justice divine ; il défend le Peuple de Dieu de ses ennemis et surtout de l’ennemi par excellence, le diable. Et Saint Michel vainc parce qu’en lui, c’est Dieu qui agit. Cette sculpture nous rappelle que le mal est vaincu, l’accusateur est démasqué, sa tête écrasée, car le salut a été accompli une fois pour toutes dans le sang du Christ. Même si le diable essaie toujours d’égratigner le visage de l’Archange et le visage de l’homme, Dieu est plus fort ; la victoire est à Lui et Son salut est offert à tout homme. » En même temps qu’il consacrait le Vatican à Saint Michel, le pape François l’a aussi consacré à Saint Joseph.

1/. Gardiens de la foi, pèlerins et missionnaires

Dans son premier message officiel, le jour de l’inauguration de son ministère pétrinien, le 19 mars 2013, en la fête de Saint Joseph, le pape François nous a, d’emblée, donné l’époux de Marie et père nourricier de Jésus pour modèle. A son image, nous avons donc à être « dans l’attention constante à Dieu, ouvert à ses signes, disponible à son projet ». Et, comme le pape François, en bon jésuite, est un excellent pédagogue, il explique ce que signifie réellement pour nous de nous mettre à l’école de Saint Joseph. « Dieu ne désire pas une maison construite par l’homme, mais il désire la fidélité à sa Parole, à son dessein ; c’est Dieu lui-même qui construit la maison, mais des pierres vivantes marquées de son Esprit. Et Joseph est « gardien », parce qu’il sait écouter Dieu, il se laisse guider par sa volonté, et justement pour cela il est encore plus sensible aux personnes qui lui sont confiées, il sait lire avec réalisme les événements, il est attentif à ce qui l’entoure, et il sait prendre les décisions les plus sages. En lui, chers amis, nous voyons comment on répond, à la vocation de Dieu, avec disponibilité, avec promptitude ». Le pape François a bien insisté sur ce point : Joseph est le gardien modèle que tous les hommes doivent imiter : « Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous ». Ce qui nous est confié, c’est toute la création, dans tous ses aspects et toutes ses dimensions : « Nous sommes « gardiens » de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens l’un de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! » Cependant, garder ne signifie pas enfouir le talent reçu pour le restituer au dernier jour. Garder signifie faire fructifier. C’est pourquoi, comme l’a expliqué le père Cantalamessa dans sa première prédication du carême 2014 au Vatican : nous devons « redécouvrir (…) la richesse, la beauté et le bonheur de croire, de passer d’une foi que l’on croit à une foi que l’on vit de plus en plus »[23]. Quelques jours avant l’inauguration officielle de son ministère pétrinien, juste après son élection, au cours de la messe pro Ecclesia célébrée le 14 mars 2013, le pape François avait insisté sur trois aspects importants de la vie de tout croyant. Il est revenu à plusieurs reprises sur ces thèmes au cours des rencontres avec les pèlerins venus l’écouter en 2013, et même lors du Consistoire qui s’est tenu du 20 au 22 février 2014. Toute vie est mouvement : mouvement sur le chemin, mouvement dans l’édification, mouvement dans la confession ; les trois « c » : Cheminer, Construire, Confesser. Tout homme doit cheminer : « C’est la première chose que Dieu a dite à Abraham : Marche en ma présence et soit irrépréhensible ». Si tout homme est en chemin, il n’a que deux attitudes possibles : ou c’est un pérégrinant en marche vers le Royaume de Dieu, ou bien il n’est qu’un errant[24]. « C’est frappant dans les Evangiles, Jésus marche beaucoup ; il instruit les siens au long du chemin. De fait il n’est pas venu pour enseigner une philosophie ou une idéologie, mais une voie, un chemin à parcourir avec lui »[25]. C’est pourquoi il n’a pas dit à ses disciples « Connais-moi, mais suis-moi » ! Et, tout en cheminant l’homme, pierre vivante de l’Eglise doit construire et confesser. Construire, c’est-à-dire « Edifier l’Eglise, l’Epouse du Christ, sur cette pierre angulaire qui est le Seigneur lui-même ». Confesser, car « quand on ne confesse pas Jésus Christ, il me vient à l’esprit la phrase de Léon Bloy : Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable ». Mais, ajoute le pape, « nous ne pouvons pas confesser Jésus, nous ne pouvons pas parler de Jésus, nous ne pouvons pas dire quelque chose de Jésus sans l’Esprit Saint »[26]. Confesser, c’est être missionnaire. Or, « une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines à imposer avec insistance. L’annonce de type missionnaire se concentre sur l’essentiel, sur le nécessaire »[27]

Lors des congrégations avant l’entrée en conclave d’où il devait ressortir pape, le cardinal Bergoglio avait insisté sur le fait que « L’Eglise est appelée à sortir d’elle-même et à aller dans les périphéries, les périphéries géographiques mais également existentielles : là où réside le mystère du péché, la douleur, l’injustice, l’ignorance, là où le religieux, la pensée sont marginalisés, là où sont toutes les misères ». Et que doit-elle y faire ? Le pape nous l’avait dit dès le 16 mars 2013 lors de sa rencontre avec les représentants des médias : « L’Eglise existe pour communiquer justement ceci : la Vérité[28], la Bonté et la Beauté[29] « en personne ». Il devrait apparaître clairement que nous sommes tous appelés non à nous communiquer nous-mêmes, mais à communiquer cette triade existentielle que forment Vérité, Bonté et Beauté ». La Vérité a besoin de la Bonté et de la Beauté car elle a besoin de l’Amour. « Amour et Vérité ne peuvent pas se séparer. Sans amour, la vérité se refroidit, devient impersonnelle et opprime la vie concrète de l’homme » (Lumen Fidei, n° 27). Pour le pape François, chaque chrétien doit donc participer à cette communication de la Bonne Nouvelle. Mais chacun doit le faire en fonction de ses qualités propres, de sa culture et des personnes auxquelles il s’adresse : chacun doit trouver « le mode de communiquer Jésus qui corresponde à la situation dans laquelle il se trouve » (Evangelii Gaudium, n° 121)[30]. On ne peut pas être disciple si on n’a pas « la disposition permanente de porter aux autres l’amour de Jésus » (EG 127). Or, porter l’amour de Jésus, nécessite d’avoir une vie chrétienne cohérente : devant un athée « tu peux lire toute une bibliothèque où il est prouvé que Dieu existe, il n’aura pas la foi. Mais si devant cet athée tu donnes un témoignage de cohérence de vie chrétienne, quelque chose commencera à travailler dans son cœur »[31].

2/. La joie de l’Evangile

Dès le début de son pontificat le pape François a insisté sur la joie d’évangéliser. « Notre joie d’évangéliser est aussi consolation. C’est le signe de l’harmonie et de l’unité qui se réalise dans l’amour. C’est le signe de l’unité du corps de l’Eglise, le signe de l’édification »[32]. C’est pourquoi, il a aussitôt ajouté : « Nous devons à la fois être fidèles à la joie et ne pas en « jouir » comme d’un bien propre. La joie est faite pour émerveiller en étant partagée. La joie nous ouvre à la liberté des fils de Dieu, elle nous sépare des choses et des situations qui nous emprisonnent, elle nous fait grandir en liberté ». Rien d’étonnant donc que sa première exhortation apostolique ait été consacrée à « La joie de l’Evangile »[33]. « Lorsqu’on le communique, le bien s’enracine et se développe » (EG 9). « Ce que l’Esprit suscite n’est pas un débordement d’activisme, mais avant tout une attention à l’autre ». Or, « Il n’est pas possible d’annoncer l’Evangile si l’on n’est pas nourri de la parole de Dieu[34]»[35]. Cela est d’autant plus important que « chaque parole de l’Ecriture est avant tout un don, avant d’être une exigence » (EG 142). Cependant, « ce n’est pas la peine de se consacrer à lire un texte biblique si on veut obtenir des résultats rapides, faciles ou immédiats » (EG 146). « L’Evangile invite avant tout à répondre au Dieu qui nous aime et qui nous sauve, le reconnaissant dans les autres et sortant de nous-mêmes pour chercher le bien de tous. Cette invitation n’est obscurcie en aucune circonstance ! Toutes les vertus sont au service de cette réponse d’amour. Si cette invitation ne resplendit pas avec force et attrait, l’édifice moral de l’Eglise court le risque de devenir un château de cartes, et là se trouve notre pire danger. Car alors ce ne sera pas vraiment l’Evangile qu’on annonce, mais quelques accents doctrinaux ou moraux qui procèdent d’options idéologiques déterminées. Le message courra le risque de perdre sa fraîcheur et de ne plus avoir le parfum de l’Evangile » (EG 39) Et, comme tout chrétien est appelé à annoncer Jésus-Christ, il doit le faire « de manière à ce que Jésus-Christ soit accepté, reçu, pas refusé »[36]. Si nous devons porter la Bonne Nouvelle malgré notre faiblesse, nous le faisons toujours dans la joie car nous savons que « personne ne comprend et ne sait attendre comme [Dieu le Père]. Il invite toujours à faire un pas de plus, mais il n’exige pas une réponse complète si nous n’avons pas encore parcouru le chemin qui la rend possible » (EG 153). C’est bien parce que Dieu est le modèle de toute patience que « le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner : jamais ! » Il connaît nos faiblesses. « C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon ».  C’est pourquoi nous devons sans cesse demande « la grâce de ne pas nous lasser de demander pardon, parce que lui ne se lasse jamais de pardonner »[37].

3/. La pauvreté

Un mot revient souvent dans l’enseignement du pape : le mot pauvre. Mais il faut faire attention au sens réel de ce mot. Tout homme est pauvre, cela tient de son être de « créature » qui le fait « dépendre de quelqu’un »[38]. C’est pourquoi il ne faut pas confondre : « La pauvreté n’est pas la misère[39] – car celle-ci doit être combattue – mais cette capacité à partager, à être solidaires avec ceux qui sont dans le besoin. Une confiance plus grande en Dieu aussi et moins dans nos forces humaines »[40]. « La misère ne coïncide pas avec la pauvreté ; la misère[41] est la pauvreté sans confiance, sans solidarité, sans espérance ». C’est pourquoi la confiance absolue dans la miséricorde infinie de Dieu peut seule transformer notre misère en pauvreté. La pauvreté à laquelle le pape nous invite est celle du Christ. Dans son message pour le Carême 2014, le pape François à la suite de saint Paul, a exhorté les fidèles du monde entier, le 4 février : « Dieu ne se révèle pas par les moyens de la puissance et de la richesse du monde, mais par ceux de la faiblesse et la pauvreté. Lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous. Le Christ, le Fils éternel de Dieu, qui est l’égal du Père en puissance et en gloire, s’est fait pauvre. Il est descendu parmi nous, il s’est fait proche de chacun de nous, il s’est dépouillé, comme vidé, pour devenir semblable en tout. Quel grand mystère que celui de l’Incarnation de Dieu ! C’est l’amour divin qui en est la cause, un amour qui est grâce, générosité, désir d’être proche et qui n’hésite pas à se donner, à se sacrifier pour ses créatures bien aimées. La charité, l’amour, signifient partager en tout le sort du bien-aimé. L’amour rend semblable, il crée une égalité, il abat les murs et les distances ». Bien plus, quand on aime vraiment l’être aimé passe avant tout. Si l’autre n’est pas premier pour moi, c’est que je ne l’aime pas. L’amour est plénitude et communion. Le Père est tout pour le Fils et le Fils est tout pour le Père. Or, Dieu veut cette plénitude d’amour avec sa créature qui pourtant « n’est rien » ainsi qu’Il l’a dit à sainte Catherine de Sienne. Dieu veut se donner à nous c’est pourquoi il s’est abaissé pour venir nous toucher dans notre pauvreté. Pour annoncer l’Evangile, les chrétiens doivent donc mettre leurs pas dans les pas du Christ. Aussi pour porter le message de Jésus aux autres il n’y a pas d’autre voie que la pauvreté. Mais paradoxalement c’est cette pauvreté qui fait leur richesse. A l’image de la confiance absolue que le Christ avait dans l’amour du Père, la richesse du chrétien est sa confiance absolue dans la parole du Christ, Verbe de Dieu. De même que Jésus était riche, non de lui-même mais du Père, nous sommes riches de Jésus. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ », selon la merveilleuse expression de saint Paul. Si l’Eglise doit être pauvre pour les pauvres, c’est-à-dire se dépouiller pour aller à la rencontre de ceux qui manquent de tout, les chrétiens ne doivent pas oublier cependant que « la vraie pauvreté fait mal. Un dépouillement sans cette dimension pénitentielle ne vaudrait pas grand-chose ». Et le pape d’ajouter : « Je me méfie de l’aumône qui ne coûte rien et qui ne fait pas mal »[42]. Dans son souci permanent d’aller au-devant des pauvres le pape François commence par la première pauvreté visible, la pauvreté matérielle. C’est pourquoi il reprend intégralement le contenu de la doctrine sociale de l’Eglise, telle qu’elle a été développée depuis Léon XIII, mais il l’adapte aux circonstances du moment. Ainsi, il ne peut se résoudre à accepter que, dans un monde où le relativisme libertarien triomphe, des personnes et des peuples en soient réduits à être traités comme de vulgaires « déchets ». Il ne peut accepter sans réagir « la mondialisation de l’indifférence ». Il est donc normal qu’il y ait consacré de nombreuses pages de son exhortation apostolique, Evangelii Gaudium.

4/. L’Eglise dans le monde

Pour le pape François, « l’annonce de l’amour salvifique de Dieu est premier par rapport à l’obligation morale et religieuse »[43]. Ce qui ne signifie pas que l’on ne doive pas s’occuper de morale, mais que la morale que l’on doit annoncer n’est que relative à l’amour de Dieu ; tout en découle. Présentée ainsi, la morale est avant tout joyeuse libération. « La vie dans le Christ inclut la joie de manger ensemble, l’enthousiasme de progresser, le goût de travailler et d’apprendre, la joie de servir celui qui a besoin de nous, le contact avec la nature, l’enthousiasme des projets communautaires, le plaisir d’une sexualité vécue selon l’Evangile, et toutes les autres choses que le Père nous donne comme signe de son amour sincère »[44]. Mais si la morale, ainsi fondée, n’est qu’un joug léger, elle ne peut l’être que dans la mesure où le Christ est le centre de notre vie. Toute action, toute attitude qui ne se place pas sous l’étendard du Christ doit être combattue. Ainsi, lorsque la présidente de la République d’Argentine a fait voter la loi ouvrant l’institution du mariage aux homosexuels, le cardinal archevêque de Buenos-Aires s’était élevé avec force : « Ne soyons pas naïfs, ce n’est pas une simple lutte politique, c’est une tentative pour détruire le plan de Dieu… une manipulation du diable. Ce qui est en jeu c’est l’identité et la survie de la famille. (…) Ce qui est en jeu, c’est la vie de ces enfants qui seront discriminés dès le départ, étant privé d’un père et d’une mère ». Si la morale chrétienne, enracinée dans le Christ est légère, elle ne souffre aucune compromission puisque celui qui n’est pas pour Dieu est contre Dieu. Toutefois, l’Eglise ne doit pas, sous ce prétexte, oublier que chaque homme est un être particulier et que « les fidèles mettent du temps à découvrir le potentiel de liberté » que contient chaque loi morale et c’est pourquoi elle doit « les accompagner avec patience »[45]. Comme l’une des principales attaques actuelles contre le plan de Dieu porte sur la famille, il ne faut pas s’étonner de voir le pape François aux avant-postes. En introduction à la réunion des cardinaux destinée à préparer le synode sur la famille, le pape François a écrit le 21 février 2014 : « Nous chercherons à approfondir la théologie de la famille et la pastorale que nous devons mettre en œuvre dans les conditions actuelles. Faisons-le en profondeur et sans tomber dans la « casuistique », parce qu’elle ferait inévitablement abaisser le niveau de notre travail. (…) La famille aujourd’hui est dépréciée, elle est maltraitée, et ce qui nous est demandé, c’est de reconnaître combien il est beau, vrai et bon de former une famille aujourd’hui ; combien c’est indispensable pour la vie du monde, pour l’avenir de l’humanité. Il nous est demandé de mettre en évidence le lumineux plan de Dieu sur la famille et d’aider les conjoints à le vivre avec joie dans leur existence, et en les accompagnant dans beaucoup de difficultés ». Et, compte tenu de l’enjeu qui est « le plan de Dieu » même, le pape en appelle à toute l’Eglise : « le peuple de Dieu tout entier, évêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs des Eglises particulières du monde entier »[46], tous, nous devons « prier intensément l’Esprit Saint, afin qu’Il éclaire les pères synodaux et qu’Il les guide dans leur tâche exigeante ». Le monde, quant à lui, attendait d’abord un assouplissement de la position de l’Eglise sur la difficile situation des divorcés remariés. Là encore, le Saint Père nous a donné une indication précise ce 20 février, par le cardinal Kasper interposé : il faut tenir compte du binôme « fidélité aux paroles de Jésus sur le mariage et la miséricorde de Dieu ». Et pour tenir compte de cette miséricorde, les cardinaux sont invités à travailler sur les pistes ouvertes il y a quelques années, à partir de la pratique de l’Eglise des premiers siècles, par un théologien renommé, le cardinal Joseph Ratzinger et que le cardinal Kasper a rappelé : un divorcé remarié pourra être admis à la communion « s’il se repent de son échec ; s’il a clarifié les obligations correspondant à son premier mariage, s’il est définitivement exclu qu’il revienne en arrière ; s’il ne peut pas renoncer, sans ajouter d’autres fautes, aux engagements qu’il a pris dans le cadre de son nouveau mariage civil ; si toutefois il s’efforce de vivre au mieux de ses possibilités son second mariage à partir de la foi et d’élever ses enfants dans la foi ; et enfin s’il a le désir des sacrements en tant que source de force dans sa situation »[47]. Pour cela il ne faisait que mettre en pratique la parole du pape François : « Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. (…) L’eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (EG, 46, 47).

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En conclusion de cette brève présentation, il me faut ajouter trois points : le premier concerne les limites de mon propos ; le deuxième, l’importance que le pape François accorde au cadre dans lequel j’ai été amené à le présenter : la paroisse ; le troisième et ultime, les conseils que nous donne notre pape dans son exhortation apostolique sur la Joie de l’Evangile. Les limites de mon propos : tout portrait – surtout quand il est bref – est nécessairement sélectif, le pape François ne doit donc pas être réduit aux quelques aspects relevés ci-dessus. Sa personne et son enseignement sont infiniment plus riches. Laparoisse est la structure sur laquelle le pape insiste comme étant le premier lieu d’évangélisation : « La paroisse est présence ecclésiale sur le territoire, lieu de l’écoute de la Parole, de la croissance de la vie chrétienne, du dialogue, de l’annonce, de la charité généreuse, de l’adoration et de la célébration » (EG 28). Enfin, comment ne pas entendre son exhortation ? « Ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire ! (EG 80) Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! (EG 83) Ne nous laissons pas voler l’espérance ! (EG 86) Ne nous laissons pas voler la communauté ! (EG 92) Ne nous laissons pas voler l’Evangile ! (EG 97) Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel ! (EG 101) Les défis existent pour être relevés. Soyons réalistes, mais sans perdre la joie, l’audace et le dévouement plein d’espérance. Ne nous laissons pas voler la force missionnaire ! (EG 109) ».

FrançoisSCHWERER


[1] www.zenit.org, 17 mars 2014.

[2] Sans compter des études de lettre d’abord au Chili puis en Espagne et des études de théologie achevées en Allemagne.

[3] R.P. Spadaro, S.J., « L’Eglise que j’espère », Flammarion/Etudes, 2013, p. 23.

[4] « L’homme qui ne voulait pas être pape », Albin Michel, 2014, p. 432.

[5] «  L’homme qui ne voulait pas être pape », p. 434.

[6] « François, le printemps de l’Evangile », Fayard, 2014, p. 95.

[7] La société civile n’a pas pour but de changer la vision que l’on peut avoir de l’homme et encore moins d’en vouloir changer la nature, mais « d’articuler et d’incarner dans la justice et dans la solidarité, dans le droit et dans la paix, une vie toujours plus digne de l’homme » (Pape François, « Ainsi je changerai l’Eglise », Bayard, 2014, p. 44). Toute autre attitude de la société civile est tyrannique.

[8] « Un cardinal, leur a-t-il dit, entre dans l’Eglise, pas dans une Cour… Entraidons-nous pour nous éviter des habitudes et des comportements de Cour : intrigues, bavardages, cercles, favoritismes, préférences… ».

[9] Le Figaro, 13 mars 2014.

[10] « L’Eglise que j’espère », p. 34.

[11] Selon le cardinal Maradiaga, le discernement est à la base de la méthode du pape. Pour lui, cela signifie « écouter, dialoguer, prier et agir, au sens d’élaborer des propositions » (La Croix, 18 février 2014).

[12] « L’Eglise que j’espère », p. 52.

[13] Civiltà Cattolica, 15 mars 2014.

[14] « L’Eglise que  j’espère », p. 35-37.

[15] Pour le pape François, « proposer des exercices spirituels signifie proposer une expérience de Dieu, de son amour et de sa beauté. Bien les vivre implique d’être attiré par Dieu et d’en sortir rénovés (…), de diffuser autour de soi comme le parfum du Christ. Nos contemporains ont besoin de rencontrer Dieu, et de le connaître directement, non par ouïe dire » (A la délégation de la Fédération italienne des exercices spirituels, VIS, 3 mars 2014).

« Faire les Exercices, c’est apprendre à ordonner sa vie sans se décider par aucun attachement qui soit désordonné. Le but est de se détacher de nos entraves pour pouvoir prendre selon Dieu  une décision vitale. Il s’agit de découvrir Dieu existant pour moi aujourd’hui. Une telle démarche suppose hiérarchisation des désirs, discernement poussé entre les divers possibles, vérification intérieure en explorant dans la suite des moments vécus les sentiments de notre cœur qui oscillent constamment entre paix et nervosité, allégresse et tristesse, joie durable et plaisir amer, calme et impatience » (H. Madelin, s.j. La Vie, hors-série, « Les révolutions du pape François », 2014).

[16] « Pour Bergoglio, dialoguer signifie faire ensemble quelque chose, rejoindre ensemble un objectif » (Civiltà Cattolica, 15 mars 2014).

[17] N. Diat, « L’homme qui ne voulait pas être pape », p. 465.

[18] C’est le jour de la fête de saint Matthieu, en 1953, que Jorge Mario Bergoglio se sentit vraiment appelé à devenir prêtre.

[19] « L’Eglise que j’espère », p. 32.

[20] Magnificat, 2013, p. 7.

[21] D. Greiner, La Croix, 13 mars 2014.

[22] « La foi qui naît de l’écoute et qui est réponse à la Parole de Dieu venue faire alliance avec l’être humain » (Mgr Carré, préface à l’édition française de Lumen Fidei).

[23] www.zenit.org, 16 mars 2014.

[24] Aux Chevaliers du Saint Sépulcre, 19 septembre 2013.

[25] Aux cardinaux, le 22 février 2014.

[26] Homélie du 5 avril 2013.

[27] « L’Eglise que j’espère », p. 72.

[28] « La vérité, selon la foi chrétienne, est l’amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ. Donc la vérité est une relation ! Au point même que chacun de nous saisit cette vérité et l’exprime à partir de soi, de son histoire, de sa culture, du contexte dans lequel il vit, etc. Ceci ne signifie pas que la vérité soit variable et subjective, bien au contraire. Mais cela signifie qu’elle se donne à nous, toujours et uniquement, comme un chemin et une vie. Jésus n’a-t-il pas dit lui-même : « Je suis la voie, la vérité, la vie » ? En d’autres termes, dès lors que la vérité ne fait qu’un avec l’amour, elle exige l’humilité et l’ouverture pour la chercher, l’accueillir et l’exprimer » (Pape François, « Ainsi je changerai l’Eglise », Bayard, 2014, p. 47).

[29] « Sans la joie de la beauté, la vérité devient impitoyable, froide et orgueilleuse » (Homélie de la messe chrismale, 21 avril 2011).

[30] « Le chrétien prêche, annonce l’Evangile par son témoignage plus que par les paroles » (Homélie du 25 avril 2013).

[31] Homélie du 27 février 2014

[32] « Amour, Service & humilité », Editions Magnificat, 2013, p. 96.

[33] Si la nature de cette exhortation apostolique est strictement théologique, elle est riche « d’une force rénovatrice qui sème largement des indications utiles pour aider notre société mondialisée tout entière à sortir de cette longue nuit et à regarder l’avenir avec espérance ». C’est pourquoi, elle « aide à analyser plus profondément les problèmes politiques (au sens grec de la polis dans sa dimension à la fois sociale, politique et relative aux valeurs) » (www.zenit.org, 16 mars 2014).

[34] Pour le père Cantalamessa, la Bible est « une lettre d’amour écrite par le Créateur à ses créatures ».

[35] Mgr Carré, introduction à l’édition française de l’exhortation apostolique « Evangelii Gaudium ».

[36] Homélie du 8 mai 2013.

[37] Homélie pour la messe du Dimanche 17 mars 2013.

[38] Préface du pape François à l’ouvrage du Cardinal Müller, « Pauvre pour les pauvres ». « C’est l’attitude des « pauvres en esprit » (Mt 53), qui savent que « seuls et par leurs propres forces », ils ne pourront « vaincre leurs limites » et qui « se confient en Dieu dans leur dénuement, sans craindre de dépendre de lui » » (« Le pape préface un livre du cardinal Müller »  Zenit.org, 28 février 2014).

[39] « Il n’y a qu’une seule vraie misère, c’est celle de ne pas vivre en enfants de Dieu et en frères du Christ » (Message pour le carême 2014).

[40] Pape François, Assise, 4 octobre 2013.

[41] Le pape distingue trois types de misère :

- La misère matérielle est celle qui est appelée communément pauvreté et qui frappe tous ceux qui vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine » ;

- La misère morale qui « consiste à se rendre esclave du vice et du péché » ;

- La misère spirituelle qui est l’ignorance de l’Evangile, c’est pourquoi »le chrétien est appelé à porter en tout lieu cette annonce libératrice selon laquelle le pardon pour le mal commis existe, selon laquelle Dieu est plus grand que notre péché et qu’il nous aime gratuitement ».

[42] Message pour le Carême, 2014.

[43] « L’Eglise que j’espère », p. 73.

[44] L’Eglise que j’espère », p. 85.

[45] Cardinal Kasper, le 20 février 2014.

[46] Lettre aux familles du 25 février 2014 (Vatican Information Service, 25 février 2014).

[47] Il Foglio, 1er mars 2014.